Teklal Neguib par J Sanson


Johanna Sanson a souhaité m'interviewer dans le cadre de son mémoire de Master 1 de Sociologie clinique. Le sujet de son étude est "la pensée féministe évoluant vers le lesbianisme à travers un processus d'intellectualité enclenché par l'écriture".

Je vous publie donc  (avec l'accord de Johanana) ici l'interview qu'elle a effectuée de moi.

Cela vous aidera à mieux connaître et comprendre mon travail artistique, et mes engagements militants.

Vous pouvez retrouver le profil Facebook de Johanna Sanson, ici.

 

Interview

I - Pouvez-vous vous présenter brièvement et me présenter votre parcours professionnel ainsi que votre situation professionnelle / sociale actuelle?

Je suis cadre supérieur, et juriste de formation. J’appartiens à la bourgeoisie (notabilité locale) de couleur.

J’ai travaillé (et travaille) en province, dans de grandes et petites villes et en région parisienne.

II - Pouvez-vous m'expliquer la manière dont votre vie professionnelle (sociale si l'écriture ne s'inclut pas dans votre sphère professionnelle) et privée sont animées par des valeurs (féminisme, lesbianisme) communes que vous revendiquez dans votre écriture?

Mon écriture n’a aucun rapport avec mon travail.

En fait, j’ai deux types d’écritures très distinctes :

-une écriture de type littéraire stricto sensu, où la recherche est basée sur les paysages, la sensation, l’exercice d’écriture, l’âme humaine, indépendamment de toute question lesbienne ou féministe.

- une écriture militante portant principalement sur les thèmes suivants (je fais de la recherche artistique) :

            + féministe (situation des femmes, excision, maltraitance des femmes et pouvoir des hommes, etc…) que ce soit le féminisme de l’époque moderne (19/20/21° siècle) ou « féminisme » du moyen âge, issu des mouvements quasi concomitants de l’amour courtois et du catharisme (catharisme : société d’égalité entre hommes et femmes [d’où le fameux « femme retourne à ta quenouille » lancé par le légat du pape à l’une des plus grandes figures [et femme] du mouvement cathare lors d’un débat entre représentants entre les 2 religions. La croisade contre les albigeois mettant un terme à cette société, et les femmes étant d’ailleurs de grandes perdantes, et beaucoup finissant aux bûchers)

Amour courtois : création d’une contre-société en faveur des femmes [les femmes dominaient [cour d’amour, etc…]) parallèlement à une société chevaleresque masculine et antiféministe). Il est d’ailleurs intéressant de noter que ces deux mouvements sont d’ailleurs apparus dans la même zone géographique à savoir l’Occitanie, dont je suis issue).

Ce second féminisme (le premier étant le mouvement des couvents, tout à la fois libération pour certaines, [mais malheureusement aussi enfermement pour d’autres femmes] au haut moyen âge) n’étant  (sauf dans le cadre du catharisme) réservé qu’aux femmes de l’élite noble et haut-bourgeoise.

Mon pseudonyme littéraire traduit mon engagement féministe d’ailleurs !

            + Lesbianisme (et militance gay et bisexualité/pan-sexualité, aussi d’ailleurs) : pour le moment sous forme de textes érotiques, et de poèmes, mais aussi en tant que contre-pouvoir et mise hors pouvoir à celui des hommes  (poème harem par exemple). Thèmes abordés pour le lesbianisme actuellement: érotisme, relation sexuelle, difficulté d’acceptation de son homosexualité, contre-pouvoir aux hommes (donc !)

            + L’identité en général, qui est une recherche personnelle suite à une promesse que j’ai faite aux ancêtres ainsi qu’à moi-même lorsque j’avais 4 ans (lorsque j’ai appris que j’étais métisse). Si au départ cette notion d’identité recouvrait surtout l’identité ethnique, elle s’est étendue au fil du temps, et recouvre désormais notamment la question trans aux travers de textes érotiques et de nouvelles policières. D’autres thèmes seront abordés ultérieurement.

            +l’érotisme quelque soit la sexualité (il est important à mes yeux de ne point cloisonner les sexualités, car cela montre d’autant plus qu’elles sont toutes égales, équivalentes, et la même chose au final, peu important le sexe ou genre du partenaire).

            + le bien-écrit : j’aime jouer avec les mots, les vieux mots, les expressions obsolètes (comme des petits clins d’œil au passé). Je n’apprécie pas l’écriture simple (même si une belle écriture littéraire n’est pas toujours évidente, à réussir), ne serait-ce que par militantisme politique.  Je préfère Marguerite Yourcenar à Marguerite Duras.

En effet, pour moi, cette théorie du « il faut écrire comme les gens parlent », n’est que le nouveau moyen qu’a trouvé l’élite pour asservir le peuple, puisque parallèlement elle reproduit son beau langage et ses valeurs, qui deviennent un signe de reconnaissance et donc de discrimination.

 

Pour complément, je vous invite à relire mon portrait sur le site.


III - Ces valeurs ont-elles suscité des conflits, des contradictions entre vos sphères intime/personnelle, familiale et sociale?

Avec mon compagnon : non

Une partie de ma famille est au courant, il n’y a pas de problème.

Quant au reste, je n’en partage pas les valeurs.

Concernant mes amis, ceux hors milieu LGBT ne sont pas au courant. Vis-à-vis de mes amis liés au milieu LGBT, il n’y a pas de soucis.

Je précise par contre, que je suis hors milieu LGBT (comme on dit), ne m’y reconnaissant pas forcément non plus en tant que tel (au sens decommunauté).

En fait, personnellement, je ne me sens d’aucun milieu en particulier, mais finalement plutôt de tous ! Mais je préfère rester en milieu hétéro-bourgeois, car la figure de la femme hétéro-bourgeoise est très intéressante (de par la quantité des interdits auxquels elle est soumise) pour mon militantisme personnel. Et j’aime cette idée de faire une sorte d’entrisme, et d’être en situation d’observatrice de ce monde.



IV - Voyez-vous une connivence entre votre orientation sexuelle, sociale et professionnelle? L'écriture vous permet-elle une corrélation entre ces trois sphères? Entre ce que vous faites, pensez et éprouvez?

Etant une personne vivant beaucoup de choses tout en intérioté et (ce qui me convient parfaitement, là est mon équilibre), l’écriture m’a permis d’exprimer/vivre beaucoup de chose, et de militer aussi pour ce en quoi je crois (notamment la question des personnes muli-genre, à travers le texte « une soirée de mars »). Je suis une militante intellectuelle et non une militante associative (ce n’est pas ma façon d’agir, pas celle qui me convient/me correspond en tout cas).

V - L'écriture répond t-elle à un désir de militantisme, de revendications? Si oui, au nom de quoi et contre quoi?
- Comment intériorisez-vous les valeurs sociétales actuelles? Quel impact ont-elles sur votre écriture?

Question 1 : oui, pour la partie écriture militante, à laquelle je suis arrivée via d’abord l’écriture littéraire. (Pour plus de détail, voir question II)

En fait, je ne considère pas que je me bats contre, mais avec ou en faveur de. Car sinon, ce serait un acte négatif, alors que je suis dans le cadre d’une démarche positive. Essayer avec mes modestes moyens d’impulser une réflexion, un questionnement, ouvrir chez les gens des perspectives auxquelles ils n’avaient pas pensé.

Faire évoluer une société (me faire évoluer moi-même aussi), où le problème n’est pas la méchanceté de la majorité des gens, mais leur ignorance.

Eduquer via l’écriture.

C’est un peu aussi la théorie du battement d’aile du papillon.

 

Question 2 : Les valeurs sociétales actuelles (sociétés occidentales) sont les miennes mais pas seulement puisque je suis une non-blanche, donc déjà elles sont régulièrement en conflit les unes avec les autres (notamment communication avec les ancêtres, pré-transes, … (considérées comme choses normales chez les non blancs, mais comme folie chez les blancs).

Les connaître et les avoir intériorisé est aussi le meilleur moyen de les remettre en cause, de faire le tri entre ce que j’accepte et ce que je rejette et veux voir changer, et donc de choisir aussi tel thème d’écriture pour faire passer telle idée, et déterminer mes modalités d’action pour impulser une réflexion, un changement.



VI - L'écriture répond t-elle à un désir d'exister (vous a t-elle permis de vous (ré)concilier avec vous même)?

Exister non, j’existe déjà !

J’ai vécu beaucoup de choses dans ma vie, et n’ai donc rien à prouver ni à moi, ni à personne.

J’écris donc purement pour le plaisir (textes littéraires) ou pour faire de la recherche artistique (compréhension de l’âme humaine, recherche sur l’identité) (textes militants, au travers de sujets qui me touchent, m’émeuvent, me révoltent).

Même si cela me permet d’exprimer certaines choses, il n’y a pas à mes yeux de dichotomie, mais simplement une autre façon pour moi d’être.

En fait, cette intériorité pour certaines choses me convient tout à fait. Elle correspond à ma personnalité. C’est une intériorité qui est valable pour d’autres choses de ma vie  et non pas seulement pour les questions faisant l’objet du mémoire. Je suis un être intérieur !

Donc je ne me reconnais pas dans la  notion suivante : permis de vous (ré)concilier avec vous même

VII - En quelques mots, qu'est ce que l'écriture pour vous?

C’est un acte de joie et de création, mais aussi un questionnement, une remise en cause, un mouvement perpétuel de création,  et de réflexion.

Un  pur plaisir intellectuel que j’aime partager.

Make a Free Website with Yola.