Interview de Philippe Parrot 

pour « Vénus a deux visages »

éditions qui lit vit



Pour mieux comprendre l'interview, je vous invite à lire la critique que j'ai effectuée du livre concerné.


L'auteur


1/ Peux tu te présenter à nous, s’il te plaît ?

Même si une telle question me met a priori mal à l'aise puisqu'il s'agit de décliner en quelque sorte mon état civil, le "s'il te plaît" me fait sourire. La demande est si gentiment formulée que je ne peux la rejeter. Je vais donc me prêter au jeu. Je m'appelle bien Philippe Parrot et je suis né à Château-Thierry, dans l'Aisne, le 29 janvier 1950. En 1969, après l'obtention de mon bac, j'ai voyagé plusieurs mois en Australie et en Inde, désireux d'échapper à un contexte familial que je trouvais trop lourd à l'époque. Revenu en France, j'ai passé une licence de philosophie à Paris avant de partir en 1975 à Bangui, en République Centrafricaine, où j'ai enseigné cette discipline durant cinq ans. De retour en France en 1980, j'ai travaillé à la Caisse d'Allocations Familiales de Paris avant de partir, en 1986, en Bretagne où j'ai géré le cabinet d'infirmières créé par mon épouse. En 1992, nous avons déménagé de nouveau pour nous installer dans le Loiret et diriger une maison de retraite, près de Montargis. Nouvelle migration en 2005, cette fois à Épernay ! J'y vis aujourd’hui, secondant mon épouse qui gère un organisme d'évaluation, de formation et d'accompagnement. J'ai deux garçons, âgés de 21 ans et de 17 ans. Voilà donc mon pedigree. Assez sommaire, il reflète néanmoins dans ses grandes lignes mon parcours, tout au moins familial et professionnel.

Comment te définirais-tu ?

Difficile de se coller des étiquettes quand on a le sentiment qu'aucune ne convient tout à fait, même si chacune trahit pourtant une part de soi. En vrac, un portrait en forme de puzzle, aux éléments dispersés au gré des aléas de l'existence : un paresseux contrarié, un bûcheur occasionnel ; un rêveur invétéré, un réaliste insatisfait ; un « cul serré » notoire, un jouisseur honteux ; un émotif caché, un intello désabusé ; un passionné réfléchi, un raisonneur sentimental. J'en passe et des meilleurs... La liste non exhaustive s'arrêtera là.


Parle nous un peu de ta carrière littéraire, et des divers ouvrages que tu as publiés.

Parler de « carrière » est un bien grand mot. Il laisserait entendre que mes livres ont touché un large public et que cette « notoriété » me permet de vivre de l'écriture, d'en faire mon métier et de m'y projeter dans l'avenir. C'est loin d'être le cas. Écrire est uniquement une passion que j'ai la chance de vivre aujourd'hui parce que les conditions présentes de mon existence s'y prêtent. Et c'est déjà un sacré privilège ! Faire carrière en littérature, je n'y songe pas vraiment, ne disposant pas des deux leviers nécessaires pour percer : l'argent et le réseau, indépendamment de mes qualités d'auteur. Et, de toute façon, je dois encore faire mes preuves puisque je n'ai écrit que deux livres : « Vénus à deux visages » et « S COM HOM » !

2/ En quoi la diversité de ton parcours professionnel mais aussi de lieux de vie a-t-elle influencé ton écriture ? ta réflexion ?

Mon parcours professionnel peut sembler atypique, sans fil conducteur évident. C'est vrai que j'ai porté, au hasard des rencontres et de la vie, de nombreuses casquettes : ouvrier, employé, professeur, directeur, formateur sans qu'il y ait des liens entre ces activités. Quant à mes domiciles, ils ont été nombreux au cours de ces dernières décennies, quittant Château-Thierry et Paris pour séjourner en Australie, en Inde et en Afrique, puis, de retour en France, m'installant successivement en Bretagne, dans le Loiret, enfin en Champagne. Ces choix professionnels et géographiques ont-ils marqué mon écriture et ma réflexion ? Sans aucun doute. Hélas, je dois avouer qu'il m'est difficile de dire en quoi ! En fait, je pense qu'ils ont moins influencé ma démarche littéraire qu'ils ne témoignent, chacun à leur manière, d'un trait de caractère qui explique mon désir d'écrire : mon incapacité à m'ancrer durablement dans le quotidien, attaché à un même métier et à un même lieu ! Mal à l'aise où que je sois, ces changements dénotent simplement le besoin d'aller voir de temps en temps si la vie n'est pas, ailleurs, plus captivante.

Or, écrire s'inscrit aussi dans une logique similaire. C'est tenter d'échapper à la routine et aux habitudes - d'un métier et d'un lieu - en vivant par procuration d'autres vies, dans d'autres mondes. En ce sens, mes divers métiers comme mes déménagements successifs traduisent, dans le prolongement de l'écriture, une certaine incapacité à vivre pleinement le présent et à m'y enraciner définitivement.


3/ L’écriture est-elle ton seul support d’expression artistique ? Ou en possèdes-tu d’autres ? Pourquoi l’ (les) avoir choisi(s) ?  Si plusieurs, sont-ils tous un moyen d’exprimer la même chose, ou exprimes-tu des éléments différents selon le media d’expression ?

L'écriture est aujourd'hui mon seul moyen d'expression bien que j'en aie expérimenté quelques autres au cours de ma vie. Après m'être essayé à la danse et à la peinture dans ma jeunesse, puis à la guitare et au piano plus tard, l'écriture m'est apparue ces dernières années comme la forme artistique la plus en accord avec ma sensibilité. En effet, elle implique un goût prononcé pour la solitude et l'isolement, des choix qui collent parfaitement à mon caractère introverti et à mon tempérament casanier. Toutefois, aussi paradoxal que cela paraisse, je ne l'ai pas choisie. Elle s'est imposée à moi au fil des années, fruit des facilités que j'avais en la matière mais aussi d'un long travail de maturation, obscur et ingrat ; d'une lointaine et surprenante rencontre qui fit office de révélateur ; enfin, des circonstances qui m'ont permis de trouver le temps de m'y consacrer.

Concernant l’écriture, quel type d’écriture [poèmes, romans, nouvelles] et pourquoi ? 

A l'heure actuelle, j'ai écrit un roman : « Vénus a deux visages » et un recueil de nouvelles : « S COM HOM », les pérégrinations de mes personnages me dictant à chaque fois tel ou tel type de présentation. En fait, qu'un texte évolue en roman ou en nouvelle, ne résulte jamais d'une volonté délibérée de ma part d'écrire dans un format plutôt que dans un autre. Non ! Lorsque j'écris la première ligne d'une histoire, je ne sais pas la forme finale qu'elle prendra. C'est le tarissement de mon imagination au fur et à mesure de la rédaction - compte tenu des aventures de mes héros dont j'ai le sentiment, à un certain moment, d'avoir fait le tour - qui m'amène à opter pour le roman ou la nouvelle.Quant à la poésie, je m’y hasarde depuis peu, me découvrant une tournure d’esprit et une sensibilité, que je ne pensais pas avoir. Et c’est une réelle jubilation.

4/ Comment transmettre le goût de l’écriture ? De la lecture ?

Je serais assez pessimiste sur ce point. Les nouvelles générations évoluent dans un monde médiatisé à outrance où l'image prévaut sur tout autre support. Elle est omniprésente dans leur quotidien, conditionnant directement leurs attitudes, leurs actes et leurs pensées. Conçue pour pousser à la consommation, elle privilégie l’instant, l'objet, l'émotion et la pulsion au détriment de la durée, du sujet, du sentiment et de la réflexion. Dans notre monde contemporain où il s'agit de satisfaire immédiatement le moindre désir, sans attendre et sans effort, l'écriture et la lecture – qui demandent à l'inverse du temps, de la patience et de la concentration – ne me semblent plus en adéquation avec le mode de vie et les attentes des jeunes générations.

Il s'ensuit que vouloir transmettre à tout prix l'envie d'écrire et de lire – quand cette envie n'est plus manifestement dans l'air du temps - est, à mon sens, un combat d'arrière-garde, enjeu d'une époque révolue. Certes, écriture et lecture demeureront encore longtemps les bases incontournables de tout enseignement comme les outils de contrôle et de sélection de toute bureaucratie mais en aucun cas aujourd'hui le loisir le plus recherché ou l'instrument privilégié de l'expression artistique. L'ère de l'hégémonie de l'écrit me semble bel et bien derrière nous, tout au moins en tant qu'activité d'enrichissement et d'épanouissement personnels. C'est désormais l'image qui assume ce rôle. En conséquence, il me paraît vain de vouloir endiguer un phénomène irréversible : la moindre importance des livres et de la lecture dans nos vies actuelles, désormais tributaires de supports virtuels et techniques qui hypnotisent et enchaînent.

5/ Pratiques-tu la recherche artistique si oui, sur quels thèmes exactement ? Pourquoi les avoir choisis eux ?

Pour ma part, écrire ne s'inscrit jamais dans une démarche de recherche artistique, tant sur la forme que sur le fond. Je cherche moins à sortir des sentiers battus - en quête d'un style ou de thèmes qui seraient en rupture avec ceux d'aujourd'hui – qu'à donner une certaine forme de réalité aux images et aux émotions qui m'envahissent sans que je puisse toujours en connaître la raison. Dès lors, en tâcheron de l'écriture, en artisan du mot, j'essaie d'évoquer avec le plus de précision possible les êtres qui m'habitent, les situations dans lesquelles ils se débattent, les sentiments qu'ils ressentent. A travers un style travaillé - peut-être trop d'ailleurs - , j'essaie de donner vie à mon imaginaire, uniquement soucieux d'exorciser avec des phrases léchées les ressentis qui me bouleversent temporairement. Rien de plus, rien de moins...

6/ Quels sont tes domaines de militantisme [autre qu’artistique] ? De quelle manière agis-tu ?

Animé par le sentiment d'une certaine urgence à terminer les tâches que je me suis fixé et, par ailleurs, incapable de gérer plusieurs activités de front, je dois avouer que je ne milite dans aucune organisation ni dans aucune association, n'ayant ni le temps, ni l'envie ni les convictions pour défendre une cause.

D'autant que l'écriture est, à mon sens, une forme de « militantisme » : un engagement quotidien assez prenant qui conduit, par la force des choses, à se couper du monde si l'on veut vraiment s'y consacrer. Rêveur dans l'âme et casanier de tempérament, qui plus est égocentrique et misanthrope, j'ai fait le choix aujourd'hui de me consacrer exclusivement à l'écriture.


Vénus a deux visages


7/ Explique nous en quelques mots le synopsis de ton livre.

Vous souhaitez que je sois bref. J'irai donc à l'essentiel, quitte à être très réducteur dans ma présentation. « Vénus a deux visages » ou l'heure du choix, voilà à quoi se résume mon roman ! Victime d'une machination organisée par un détective sans scrupules, Nino Lanzani, mon héros, va malgré tout parvenir à accomplir son destin. Au gré des aléas d'une étrange affaire, il va en effet s'engager dans un cirque et, là, participer à un spectacle qui consiste en une traversée de miroir. Du jour au lendemain, Nino va donc pouvoir vivre, en une vie, deux vies ! L'une dans le Monde du Réel, l'autre dans le Monde du Rêve. Jusqu'au jour où, lors un bal, un des invités lui fera prendre conscience de la nécessité de faire un choix, ne pouvant ad vitam aeternam profiter des avantages de chaque univers. Après mûres réflexions, Nino Lanzani prendra une décision douloureuse qui lui ouvrira néanmoins les portes de cette voie : la sienne qu'il espérait depuis si longtemps...

8/ Ton livre a 4 personnages principaux. Peux-tu nous les présenter ? Nous expliquer ce que chacun d’entre eux représente ? Ce qu’il te permet d’exprimer ? 

Quatre personnages sont en effet au cœur de l'histoire : Nino Lanzani, mon héros ; Boris Zakowski, un détective atypique, Hannah, la saltimbanque organisatrice du spectacle de traversée de miroir ; enfin, Nelly, la jeune femme gardienne du Pays-des-Rêves.

Nino Lanzani est un homme désenchanté, broyé par une société qui l'a transformé, à son corps défendant, en un salarié efficace et docile. Ne se reconnaissant nullement dans ce mode de vie bureaucratique et grégaire, il vit en permanence avec le sentiment que sa sensibilité et son identité sont bafouées. Désireux de fuir à tout prix un tel monde, il vit en reclus, solitaire ne croyant plus en rien ni en personne.

En fait, Nino est l'archétype du citadin de nos sociétés modernes. Son existence, semblable à des milliers d'autres, se réduit à « métro, boulot, dodo ». Bien qu'il ne supporte pas cette routine absurde - conscient qu'elle brise les élans de sa vraie nature - il s'en accommode néanmoins, comme nous le faisons tous. Jusqu'au jour où il rencontrera Hannah, une saltimbanque embauchée par le « Balbar Circus », un cirque pas comme les autres...

Boris Zakowski est un détective hors norme qui se sent investi d'une mission. Parfaitement conscient que notre époque empêche les individus de s'épanouir pleinement, il prétend les forcer à devenir ce qu'ils voudraient être. A coup sûr mégalomane, il exerce son métier en ignorant les volontés affichées des uns et des autres, s'intéressant uniquement à leurs aspirations cachées qui révèlent leur vraie nature. C'est ainsi qu'il manipule, avec un aplomb consternant qui frise souvent la muflerie, clients et victimes pour obliger chacun à se révèler à lui-même, fut-ce à son corps défendant. Boris Zakowski est ainsi l'incarnation de la Providence, une sorte de Méphistophélès qui, loin d'acheter les âmes pour les aliéner au diable, s'en empare un temps pour qu'elles puissent, au final, se libérer de leurs chaînes.

Hannah est le héraut patenté d'un monde fort différent du nôtre. En effet, sa tâche est à la fois simple et immense. Elle doit inviter les hommes à croire en la puissance des rêves. Non pour baisser les bras, trop heureux d'oublier en leur compagnie le poids d'une vie désespérante, mais au contraire pour les tendre et, en s'élevant vers eux, trouver la force de modifier le cours de leur propre existence.

Mais si Hannah vient manifestement d'ailleurs pour apporter la bonne parole, elle est aussi, à sa manière, une femme bien ancrée dans la réalité. Pondérée et réfléchie, déterminée et réaliste, tenace et courageuse, elle incarne une facette de la féminité : celle de la compagne maternante et attentionnée à laquelle Nino Lanzani finira par s'attacher, rendant plus difficile encore la nécessité du choix.

Quant à Nelly, c'est tout le contraire d'Hannah. Gardienne du Pays-des-Rêves, elle est à son image : changeante et capricieuse, insaisissable et fantasque, attirante et troublante. Et c'est justement là que réside tout son charme. A l'inverse d'une conception bourgeoise de la femme, elle renvoie à une figure antagoniste et complémentaire de la mère : l'amante ! Sensuelle et provocante, désarmante et imprévisible, elle est l'expression même de la vie en perpétuel mouvement, portée uniquement par le désir et l'émotion.

9/ Quels sont les thèmes-fils conducteurs de ton livre ? Pourquoi avoir choisi ceux-là et non d’autres ?

Il y a, de mon point de vue, deux thèmes principaux dans « Vénus à deux visages ». Le premier, c'est celui de l’ambiguïté du sentiment amoureux. Nino Lanzani va en effet découvrir l'amour sur le tard et faire l'expérience de cette dualité qui s'installe au cœur de la vie amoureuse trop enracinée et trop polluée dans et par le quotidien : le tiraillement entre la personne avec laquelle on vit et la personne avec laquelle on voudrait vivre. Mais, à la différence du commun des mortels qui résout le dilemme de manière triviale, Nino trouvera une issue par le haut qui permettra à tous les protagonistes de ce fol amour d'en sortir grandis et fiers de l'avoir vécu.

Le second, c'est celui de la nécessité du choix. Bien que Nino Lanzani cherche à jouir le plus longtemps possible de la situation confortable qui est la sienne - profitant pleinement des avantages du Monde du Réel et des attraits du Monde du Rêve, des prévenances d'Hannah comme des fantaisies de Nelly - il va réaliser peu à peu que nul ne peut abuser longtemps de positions trop avantageuses. Tôt ou tard, l'obligation d'un choix s'impose avec tous les déchirements qu'une telle décision implique. Le processus prendra du temps dans l'esprit de Nino mais, au bout du compte, il se résoudra à franchir le Rubicon pour accomplir son destin et s'épanouir, sans meurtrir celles qu'il aime. Ce qui est en soi une gageure, mais une gageure réussie, même si l'option retenue est radicale et irréversible. 

10/ Pourquoi le thème du cirque ? Que cela signifie-t-il pour toi ? Quelle importance ce lieu de spectacle a-t-il à tes yeux ? Qu’exprime-t-il ?

Conséquence de la machination dont il est victime, Nino Lanzani va vivre une expérience extra-ordinaire qui va lui donner l'occasion de vivre un pied dans le réel, un pied dans le rêve. Or, dans la vraie vie, quel lieu matérialise parfaitement la frontière entre ces deux mondes ? Le cirque, bien sûr ! Là, le spectateur se trouve tout à la fois ancré dans la réalité, le cul sur le strapontin, mais aussi emporté dans le rêve, les yeux rivés au spectacle. Ah, la piste ! C'est justement l'endroit magique, sous le feu des projecteurs, qui permet d'échapper aux vicissitudes du quotidien et d'entrevoir une autre dimension de la vie. Oui, nul cadre ne fusionne dans un même frisson le réel, dans ce qu'il a de concret avec le chapiteau, et le rêve, dans ce qu'il a de merveilleux avec la piste. Le cirque, c'est par excellence ce monde enchanteur et unique où l'esprit et le cœur se libèrent du poids des soucis, ouvrant tout grands les portes à l’imagination. Oui, c'est le seul espace qui concentre autant de sources d'émerveillement à même de transporter les hommes ailleurs, haut et loin... 

11/ Quel rôle a l’imaginaire à tes yeux ? Le rêve ? Que représentent-ils ? Comment les concilier avec la vie réelle ?

La réalité est par nature répétitive et routinière, marquée par des obligations et des contraintes de tout ordre. Nos vies ne peuvent hélas s'inscrire hors de ce quotidien formaté par la société qui en a besoin pour perdurer. Cette existence normalisée et sous contrôle use les sentiments et tue les émotions. Pour préserver ce qu'il y a de plus intime en soi, les rêves sont nos seules échappatoires car ils donnent réellement la parole à cette part intime et méconnue de soi qui fait la singularité de notre personne.

L'imaginaire ne doit cependant pas faire fonction d' « opium du peuple » et nous inciter à accepter notre situation avec résignation et amertume, dans l'attente de « lendemains qui chantent ». Il doit être, au contraire, ce moteur qui nous pousse à rompre avec le présent pour construire une vie différente, en accord avec notre sensibilité et nos aspirations. Les rêves doivent être cette mécanique de l'âme qui trace des voies nouvelles qu'il ne faut surtout pas chercher à modeler à la réalité car ils perdraient toute leur force et tout leur pouvoir. Ils doivent demeurer une alternative au réel qui se matérialisera à condition de briser les carcans et les résistances. Rêve et Réalité sont antagonistes et la dynamique de la vie naît de leur différence. Tout les oppose et tout doit continuer à les opposer. L'imaginaire doit demeurer ce processus qui transcende la réalité, certes pour nous en échapper un temps, heureux de nous abandonner à ses délices, mais ensuite pour ériger nos rêves en objectifs et en modèles que nous désirons atteindre et vivre.

12/ Accorder de la place à l’imaginaire et aux rêve, n’est-ce pas risquer la folie ?

Si l'on accorde une place trop exclusive à l'irrationnel, par faiblesse ou par aveuglement, on peut effectivement se déconnecter de la vraie vie et sombrer dans la folie ! Mais cette limite extrême est rarement atteinte. Le plus souvent, accorder de l'importance au rêve ne nous empêche pas d'être immanquablement rattrapé par les pesanteurs de la réalité comme par les jugements de notre raison. Parvenir à la maturité, c'est d'ailleurs réussir à s'en faire une alliée en mettant sa clairvoyance au service de la réalisation de nos rêves. C'est elle, et elle seule, qui détermine en effet la marche à suivre pour faire d'eux une réalité comme les moyens à mettre en œuvre pour les concrétiser. Tel est l'enjeu d'une vie d'homme ! N'être soumis ni à la logique de la raison ni à la puissance des rêves mais se servir de leurs atouts et de leur dynamique pour vivre en accord avec soi, en adaptant notre raison aux élans du cœur et en rythmant notre cœur aux principes de la raison.

Que penses–tu du rapport du monde occidental avec justement le rêve ? La magie ? L’imaginaire ?

La magie est une forme de savoir empirique, fondée sur l'observation et l'intuition mais aussi sur une conception animiste de la nature. C'est une phénomène social marginal qui a peu d'incidence sur nos vies actuelles. Je n'en parlerai donc pas, ne m'intéressant qu'au rêve et à l'imaginaire qui nous concernent tous.

En Occident, nous vivons dans des sociétés libérales où la raison et les désirs sont exclusivement soumis aux lois du marché. Cette logique marchande n'impose durablement son hégémonie qu'à condition d'empêcher toute contestation du système. Le rêve et l'imaginaire – à travers les utopies notamment - seraient potentiellement des processus dangereux, susceptibles de remettre en cause les différents ordres établis, si l’État n'annihilait pas en permanence leur pouvoir de contestation en leur imposant des cadres d'expression réglementés. Les institutions et les structures qui nous chapeautent (école, gouvernement, famille, entreprise, églises, association, médias, etc ) jouent ce rôle de gardiens et de censeurs. Elles canalisent les aspirations au changement – tant social qu'individuel – que notre imagination suscite dans nos consciences, en réorientant ces représentations idéales vers des demandes plus terre-à-terre, comblées par la production de biens matériels.

La modernité a-t-elle tué la part de rêve qui vivait en chacun d’entre nous ? Comment la retrouver ?

Les sociétés occidentales n'ont pas tué la part de rêve qui demeure en chacun car aucun individu ne pourrait vivre si cet état de conscience, jouissif et régénérant, lui était ôté. Il fait partie intégrante du fonctionnement de notre esprit et cette fonction psychique est aussi vitale que nos fonctions physiologiques de base.

Mais, si ces dernières nous ancrent délibérément dans la réalité, à l'inverse, le rêve instille dans nos cœurs une profonde exigence de changement qui pousse à vouloir échapper aux vicissitudes du quotidien. Fruit de processus souvent inconscients, notre imaginaire est indépendant des contingences matérielles et, de ce fait, incontrôlable. A échafauder de séduisantes alternatives à la réalité, il s'avère très dérangeant puisqu'il remet en cause les situations acquises, de quelque ordre qu'elle soit.

Aussi, encourager chacun à vivre ses rêves serait accepter que les bases institutionnelles et sociales soient constamment remises en cause au gré de nos envies, foisonnantes et imprévisibles. Ce serait à coup sûr nuire à la nécessaire cohésion sociale.

Les hommes de pouvoir l'ont bien compris. Au lieu d'en faire un facteur d'épanouissement, ils ont étouffé sa fonction créatrice, trop iconoclaste et libératrice, pour réduire le rêve à une simple processus de représentation, tourné exclusivement vers la satisfaction de nos besoins. Avec l’avènement de la société de consommation, le rêve, exacerbé par la frustration savamment entretenue par la publicité, a été mis au service de la production, réduisant l'existence à l'accumulation de biens et le bonheur à la réussite sociale. Le rêve n'a donc pas disparu aujourd'hui. Il est au contraire le fondement même de nos sociétés modernes puisque c'est lui qui incite à l'achat, le principe de base des économies modernes.

Pour retrouver en soi cette part de rêve réellement libre, authentique et créatrice qui fait toute la richesse d'un être, il faudrait que chacun d'entre nous décide de rompre avec un mode de vie fondé sur la manipulation, le paraître et la thésaurisation. Une telle prise de conscience et un tel passage à l'acte, douloureux et radicaux, devraient prendre encore un certain temps. En attendant, nous continuerons de rêver à l'acquisition de notre prochain gadget...

13/ Pourquoi avoir travaillé avec une illustratrice ? Quel a été son rôle dans le processus de création du livre ?

L'idée d'illustrer mes livres m'est venue tout à fait par hasard. En effet, je les ai écrits sans jamais songer à une telle éventualité. C'est Sandra Savajano qui est en quelque sorte l'initiatrice de ce projet. Artiste peintre habitant dans le sud de la France, elle avait eu l'occasion de découvrir une de mes nouvelles : « Torride effeuillage », présentée dans un ouvrage collectif édité au profit d'une association. Elle l'avait appréciée et avait souhaité, dans la foulée, lire « Vénus a deux visages » et « S COM HOM », à l'époque dans leur version non illustrée. Elle m'avait ensuite contacté pour me faire part de ses impressions. Nous avons échangé par courrier et c'est ainsi que j'ai appris qu'elle peignait. Ce fut à mon tour de découvrir ses créations, touché par la justesse et la délicatesse de son coup de crayon et par sa manière lumineuse et bigarrée de jouer avec les couleurs. C'est alors que l'idée me vint de lui proposer d'associer ses traits à mes mots. La proposition lui plut. Elle illustra d'abord « S COM HOM » en privilégiant les personnages sur les décors, puis « Vénus a deux visages » en s'attachant plus aux ambiances qu'aux hommes. Ayant fait connaissance de Sandra Savajno après la rédaction de mes livres, sa personnalité comme son style n'ont donc pas influé sur leur élaboration.

14/ Où peut-on acheter ton livre ?

Référencés sur les deux grandes bases de données des libraires : Electre et Digicom, on peut se procurer mes livres :

  • chez son libraire habituel, en indiquant le nom de l'auteur, le titre du livre et le nom de la maison d'édition, éventuellement leur numéro ISBN : 978-2-919760-00-8 pour « Vénus a deux visages » et 978-2-919760-01-5 pour « S COM HOM ».

  • sur internet en allant sur le site http://www.fnac.com ou sur le site http://www.amazon.fr

  • en les commandant directement sur leur site des éditions Qui Lit Vit : http://www.editionsquilitvit.com.

  • Enfin, si une dédicace est souhaitée, il suffit de s'adresser à moi, via mon blog, et je ferai le nécessaire.

15/ As-tu un site personnel pour que l’on fasse plus ample connaissance avec ton travail, et ton art ?

Membre du réseau Facebook sous le nom de "Philippe Parrot-auteur", on peut me contacter sur ce réseau social. J'ai par ailleurs un blog (http://auteurphilippeparrot.unblog.fr) où il est possible de découvrir mes livres et de dialoguer avec moi, soit en laissant des commentaires soit en cliquant sur l'onglet "contact".

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