Interview de Paula Dumont 

« Lettre à une amie hétéro, propos sur l'homophobie ordinaire,»

 

L’auteur

1/ Peux tu te présenter à nous, s’il te plaît ?

Je m'appelle Paula Dumont, je vais avoir prochainement 65 ans, je suis retraitée de l'Education Nationale où j'étais professeur de Lettres à l'IUFM de Montpellier (France).

Comment te définirais-tu ?

Comme une femme, homosexuelle, qui lutte à la fois contre le sexisme et l'homophobie.

Parle nous un peu des divers ouvrages que tu as publié, et de ta carrière littéraire.

J'ai publié trois livres depuis mon départ à la retraite :

Le premier : Mauvais Genre, parcours d'une homosexuelle. Il s'agit, à partir de mes souvenirs d'enfance et d'adolescence, de réfléchir à la formation de ma personnalité.

Le deuxième : La Vie dure, éducation sentimentale d'une lesbienne. C'est le récit de mes amours de jeune adulte, de 18 à 40 ans.

Le troisième : Lettre à une amie hétéro, propos sur l'homophobie ordinaire. C'est un essai où je fais le lien entre le sexisme et l'homophobie.

 

2/En quoi ton parcours de vie personnelle/professionnelle et sociale a-t-il influencé ton écriture ? ta réflexion ?

Je suis persuadée que tous les professeurs de Lettres rêvent d'écrire. J'ai écrit La Vie dure quand j'étais en activité, mais il était impensable de publier un tel ouvrage quand je travaillais. J'ai dans mes tiroirs d'autres livres que j'ai écrits au cours de ces années et qui ne sont pas encore publiés.

 

3/ L’écriture est elle ton seul support d’expression artistique ?

Oui. Je suis mélomane, mais je ne joue d'aucun instrument. Mes origines sont très modestes, mes parents étaient très pauvres, c'est donc à l'école que j'ai appris ce que je sais. Et les arts ne font pas partie de la formation de base des enfants pauvres.

Ou en possèdes tu d’autres ? Pourquoi l’ (les) avoir choisi(s) ?  Si plusieurs, sont ils tous un moyen d’exprimer la même chose, ou exprimes tu des éléments différents selon le media d’expression ?

Concernant l’écriture, quel type d’écriture [poèmes, romans, nouvelles] et pourquoi ?

J'ai publié deux volumes autobiographiques et un essai. J'ai dans mes tiroirs un roman, une fiction philosophique, des nouvelles et des contes. Quand j'étais adolescente, j'écrivais des poèmes, mais je ne m'en sens plus capable aujourd'hui.

 

4/ Comment transmettre le goût de l’écriture ? De la lecture ?

Il fallait venir à mes cours quand j'enseignais encore. J'expliquais comment faire, mais il est impossible de résumer ce point en quelques lignes. Ça demande une formation et une pratique personnelle de la lecture et de l'écriture.

 

5/ Pratiques tu la recherche artistique si oui, sur quels thèmes exactement ? Pourquoi les avoir choisis eux ?

Non, je ne pratique aucune recherche artistique.

 

6/ quels sont tes domaines de militantisme [autre qu’artistique] ? De quelle manière agis-tu ?

Je milite contre l'oppression des femmes et contre l'homophobie. Mes livres sont des livres militants.

 

Lettre à une amie hétéro, propos sur l'homophobie ordinaire

 

7/ Explique nous en quelques mots le synopsis de ton livre.

Dans un premier temps, je prends un petit gay et une petite lesbienne par la main et je montre leur parcours dans leur famille, à l'école, au travail etc... pour arriver aux conséquences de l'homophobie, dépression, conduite à risques et suicide.

Dans un second temps, j'essaie de définir ce qu'est un ou une homosexuel/le.

Les deux dernières parties sont consacrées aux lesbiennes et aux gays, séparément, étant donné que leur mode de vie sont très différents.

 

8/Dans quel genre classerais-tu ton livre ? Pourquoi avoir choisi celui-ci et pas d’autres ?

C'est un essai. Je ne vois pas dans quel autre genre j'aurais pu traiter d'un tel sujet.

 

9/Comment as-tu organisé ton travail pour ce livre ? Peux-tu nous présenter quelques uns de tes protagonistes ?

J'ai organisé mon exposé à partir d'exemples précis pour rester très concrète. Par exemple, dans le chapitre sur les gays, je raconte tout d'abord la vie d'un de mes amis et ensuite, je compare mon existence à celle de Didier Eribon qui a fait une remarquable analyse dans on Retour à Reims.

 

10/ Pourquoi avoir choisi ce thème ? Pourquoi maintenant ? Qu’est ce que cela représente pour toi, de traiter ce sujet ?

J'ai choisi ce thème parce que j'en ai senti la nécessité en militant au CCH ― Collectif Contre l'Homophobie. Trop de gens croient tout savoir sur la question alors qu'ils sont dans l'ignorance. Mon livre répond à un besoin.

 

11/ Comment était on lesbienne ou gay autrefois ?

Quand j'étais adolescente, il n'y avait aucun lieu de rencontre en province. On vivait donc dans une totale solitude et un grand désespoir.

Parle-nous de l’évolution de la société occidentale sur les questions LGBT.

Il y a eu d'énormes progrès. Et un outil comme Internet peut rendre de grands services à de jeunes homosexuels.

Qu’en est-il ailleurs dans le monde ?

Certains pays condamnent encore lourdement l'homosexualité.

Quelles étaient les difficultés dans les années 60 et 70 auxquelles étaient confrontés les jeunes LGBT ?

C'était la solitude, la honte et la misère, partout ailleurs que dans les très grandes villes.

Et aujourd’hui, la situation s’est elle améliorée ?

Oui, nettement. Mais tout n'est pas acquis et il faut rester vigilant et revendicatif.

Quel a été l’impact des années sida (80 et 90) sur la société et le monde LGBT ?

Sans doute l'horreur du sida a-t-elle aidé à la prise de conscience des spécificités LGBT. C'est malheureux de faire une telle constatation, mais c'est la réalité.

 

12/ Malgré l’évolution de la société et de l’imprégnation des questions LGBT, au sein de notre société, et du dialogue pas toujours évident conséquent, le taux de suicide chez les jeunes LGBT reste très élevé. Pourquoi ? Comment améliorer la situation ? Quels sont les lieux d’aides existants ?

Oui, le taux de suicide chez les jeunes LGBT est très élevé, de même sans doute que celui des vieux LGBT. C'est que l'homophobie est tellement pesante qu'elle amène certaines personnes à la dépression et au désespoir. L'homophobie intériorisée étant la pire de toute.

La situation peut s'améliorer grâce aux associations où l'on tend la main à ces désespérés. Et également par une plus grande visibilité d'homosexuels heureux.

 

13/ Comment aider les familles, aider le monde du travail a gérer et accepter [vu que malheureusement, cela ne se passe pas toujours très bien] une personne gay ou lesbienne, qui sort du placard ? Comment aider cette personne à préparer cet évènement ? Comment accompagner tous ces gens ?

Existe-t-il des infrastructures d’aides ?

Il existe de nombreuses associations qui font ce genre de travail. Il faut donc s'adresser à elles pour préparer sa sortie du placard.

 

14/ Souvent, que ce soit dans les milieux de militantisme ethnique, ou LGBT, on entend que les jeunes manquent de modèles, de références, auxquelles ils  puissent se raccrocher, s’identifier. Cela te semble-il pertinent ? et pourquoi ? Quelles ont été tes figures de construction identitaires ? Pourquoi elles ? Qu’en est-il aujourd’hui, et pourquoi ?

Oui, c'est très pertinent. J'ai beaucoup souffert dans ma jeunesse, de ne connaître aucun gay ni aucune lesbienne parmi les gens de mon entourage, les célébrités, les acteurs et les artistes ou écrivains. Pratiquement tout le monde se cachait et se taisait et les femmes encore plus que les hommes. Je n'ai eu, au cours de mes années de jeune adulte, aucune figure à qui m'identifier. C'était très dur.

 

15/Où peut-on acheter ton livre ?

A Paris, à Violette and Co et aux Mots à la bouche.

A Montpellier, à la librairie Sauramps.

Ailleurs, le plus simple est de le commander, soit chez un libraire, soit sur Amazon.fr qui fait 5% de réduction et le port gratuit.

 

16/As-tu un site personnel pour que l’on fasse plus ample connaissance avec ton travail, et ton art ?

Non, je n'ai pas de site personnel. Je ne sais pas grand-chose en informatique. Peut-être qu'un jour, je sauterai le pas et que j'en aurai un.

Merci pour vos questions.


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