Critique de Junichirô Tanizaki 
Pour "le coupeur de roseau"

(édition folio 2€)

Junichrô Tanizaki, né en 1886 et décédé en 1965, est un auteur majeur de la littérature japonaise. Son oeuvre a régulièrement fait scandale ou a été soumise à la censure. Si au début de sa vie d'auteur, l'Occident et la Chine le marqueront, le séisme de 1923 aura un profond retentissement en lui, et le re-centrera sur le Japon. Il se consacrera aussi beaucoup au "Genji Monogatari" (ou "Dit de Genji"), ouvrage de Murasaki Shikibu, femme de la Cour Impériale, de l'époque de Heian (régences de  la célèbre famille Fujiwara), apogée artistique d'un magnifique Japon. Maître de la littérature du pays du Soleil Levant, elle sera l'un des premiers auteurs à écrire en japonais, le chinois étant à l'époque considéré comme le "must" et donc réservé aux hommes. Qu'à cela ne tienne, elle écrira un chef d'oeuvre ! Cette époque sera d'ailleurs riche en femmes de cour, auteures connues et reconnues tant au Japon que de par le monde.

Junichiro Tanizaki, passionné par ce roman, en fera mention tout au long du roman, et rythmera d'un poème adressé à l'empereur  son court texte "Le coupeur de roseaux".

Ce dernier ouvrage met en avant la poétique des paysages, et la culture ancestrale japonaise, au travers de la promenade nocturne  d'un homme mûr au sanctuaire de Minase, de sa rencontre avec un autre homme de son âge, et dont on ne sait pas très bien, s'il est réel, ou esprit issu du passé.

Cet homme va lui raconter les promenades de son enfance, mais aussi l'amour fou et secret de son père pour une femme veuve d'une beauté hiératique, et de leur rencontre. L'histoire d'amour impossible entre ces deux êtres se compliquera du mariage de cet homme avec la jeune soeur de cette dernière, qui se sacrifiera pour eux.

Ce roman est un magnifique voyage dans de superbes paysages, si bellement décrits. Il est une sorte de rêve, de mirage, un lieu dans lequel on aimerait se perdre, et ne plus jamais en revenir. Des allers-retours vers le passé, au travers de l'évocation du Dit de Genji, et d'un art de vivre à jamais perdu. Le Japon ancestral et mythique. Des moeurs oubliées, des us et coutumes que la vie moderne a eut tôt fait de se débarrasser, comme n'étant plus adaptés à notre époque, et à celle de l'auteur. Cependant, cette époque faste, faite de codes divers, éveille la nostalgie de l'auteur, qui nous emmène avec lui dans cette étrange histoire d'amour et de fugacité.

Ce récit est une estampe, faite de douceur, mais aussi de noirceur, de douleur et de légèreté.

Il est aussi d'une extrême sensualité, comme le frôlement doux d'une délicate main, sur une peau amoureusement lovée.

On y retrouve là, la patte d'un grand écrivain, d'une oeuvre magistrale.

D'ailleurs, ce texte est un extrait de Oeuvres, I de Tanizaki  Junichirô édité à la Pléiade, et donne envie d'en connaître davantage sur l'auteur.

Pour en savoir plus, sur l'époque de Heian, je vous invite à lire le livre suivant : "La cour du Japon à l'apogée de l'époque de Heian, au Xe et XIe siècles"
Francine Hérail Hachette, Paris, 1995. Ce livre, lu à l'époque, m'avait lui-même passionné, et j'ai retrouvé avec joie cette atmosphère si particulière, et cette richesse, dans ce roman de Junichirô Tanizaki.



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