Interview de José Le Moigne

Œuvre poétique, romans, chansons


Pour découvrir, l'un de ses poèmes, allez sur cette adresse, josé m'ayant donné à l'époque l'autorisation de recopier sur mon tumblr l'un de ses poèmes.

L’auteur

 

1/ Peux tu te présenter à nous, s’il te plaît ?

Comment te définirais-tu ?

Parle-nous un peu des divers ouvrages que tu as publiés, et de ta carrière littéraire.

 

Lorsque je suis né, la Martinique était encore une colonie. Trois ans plus tard, quand nous l’avons quitté pour rejoindre mon père, marin démobilisé dans sa Bretagne, elle était devenue un département français. Du coup, ma mère, institutrice martiniquaise, ne s’en allait plus rejoindre «la mère patrie, mais la patrie tout court. Sa désillusion n’en fut que plus aiguë, mon décalage aussi. Mon écriture aurait-elle été différente si, une génération plus tard, j’avais été un enfant du BUMIDOM ? Sans doute. J’aurais alors produit une littérature de l'exil très différente de celle de l’assimilation obligée qui marque le début de mon parcours.

            A ce jour, j’ai publié une quinzaine de livres parmi lesquels des recueils de poèmes, des romans, des récits. Mon premier recueil de poèmes Polyphonies … est paru lorsque j’avais 22 ans. Le dernier Echos de l’île, avec des traductions en créole martiniquais, sortira à la rentrée aux éditions Des Marges (Montréal). Je ne parlerai pas de carrière littéraire mais de parcours ponctué par de grandes amitiés parmi lesquelles je citerai Jacques Borel (L’adoration, Prix Goncourt 1965), Mongo Béti (le grand écrivain Camerounais) et surtout Joseph Zobel (La rue cases nègres). J’ajouterai que Raphaël Confiant et  Jean Métallus ont préfacé deux de mes livres.

 

 

2/En quoi ton parcours de vie personnelle/professionnelle et sociale a-t-il influencé ton écriture ? ta réflexion ?

           

Pour ce qui me concerne, j’écris ce que je suis, un homme ayant eu à faire face au racisme et à la misère sous des formes obsolètes aujourd’hui, du moins en France. Je veux dire par là que l’aventure humaine m’intéresse bien plus que la spéculation. De là sans doute le choix de la profession que j’ai exercée pendant plus de trente ans : Educateur puis directeur au sein de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (Ministère de la Justice). Les rapports avec l’écriture sont trop évidents pour que je les analyse ici.

 

3/ L’écriture est elle ton seul support d’expression artistique ?

Ou en possèdes tu d’autres ? Pourquoi l’ (les) avoir choisi(s) ?  Si plusieurs, sont ils tous un moyen d’exprimer la même chose, ou exprimes tu des éléments différents selon le media d’expression ?

Concernant l’écriture, quel type d’écriture [poèmes, romans, nouvelles] et pourquoi ?

 

            L’écriture n’est pas mon seul support. Paraphrasant les humanistes je pourrais dire que rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Concrètement, je suis aussi musicien et chanteur ; Je compose des chansons que je chante en m’accompagnant à la guitare. On peut en trouver plusieurs sur internet. Mon univers poétique est très complexe. Je le rends donc plus accessible en transitant par la chanson. Mais ce n’est qu’une question d’approche.

 

 

4/ Pratiques tu la recherche artistique si oui, sur quels thèmes exactement ? Pourquoi les avoir choisis eux ?

            La recherche artistique ? Encore faudrait-il s'entendre sur le terme. L'art pour l'art ne m’intéresse pas. Ceci dit, je n'imagine pas que l'on puisse écrire sans lire, surtout quand il s'agit de poésie. Je lis donc énormément et je travaille mes textes, au mot près. Pour moi la recherche artistique est d'abord le travail sur les mots ; le travail et le sens.

 

5/ Quels sont tes domaines de militantisme [autre qu’artistique] ? De quelle manière agis-tu ?

 

            Je n'aime ni les postures, ni les incantations. Je ne suis militant de rien mais je suis concerné par tout. Aussi, lorsque je m'engage, c'est avec pugnacité et sans la moindre concession. Je citerai, pêle-mêle, l'éducation, la justice sociale, l’antiracisme, la tolérance, le droit à la différence.

 

L’œuvre de José Le Moigne

 

6/ Il existe plusieurs formes, mais aussi plusieurs types de poésie. Quel est le type que tu utilises ? Pourquoi ? Que te permet-il d’exprimer que ne permettent pas les autres types et formes ?

Comment te vient l’inspiration pour tes poèmes ? Quel ton processus créatif ?

Quels sont tes thèmes poétiques favoris ? Pourquoi, que représentent-ils à tes yeux ?

 

Cela peut paraître banal de le dire, mais, pour moi, la poésie est liée au temps et à l'espace, à ce qui fait aussi que nous  soyons des « Frères humains ». A quelques exceptions, Villon, Verlaine, Ronsard, Rimbaud … la poésie dite classique ne me touche plus. J'y peut trouver un plaisir de lecture, mais l'émotion, je dirais presque l'émoi, que procure un poème n'est plus là. Je pratique donc la poésie dite libre, mais avec exigences. Trouver le mot juste est pour moi un exercice beaucoup plus périlleux que de céder aux règles obsolètes de la versification. A ce titre, je trouve le terme de poète beaucoup trop galvaudé.  Dit-on d'un barbouilleur qu'il est un peintre ? Tout au plus lui accorde ton le titre de peintre du dimanche. On ne peut bousculer la prosodie ou la grammaire que si on les connaît. Je suis par nature indulgent mais je pense qu'Internet, en permettant à quiconque de se dire ce qu'il n'est pas, fait du mal à la poésie. C'est une prime donnée à l'inculture. De fait, je ne sais pas ce qu'est l'inspiration. Peut-être une rencontre furtive avec une sensation qu'il convient ensuite de mettre en mots. Le poème peut donc être immédiat ou l'objet d'une lente maturation. J'ai un très grand souci du fond et de la forme.

            Je n'ai donc pas de thèmes prédéfinis, ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas de chemins préférentiels. Ils n'ont rien d'original. La mer, la mort, le métissage, l'enfance, la terre, les arbres … Mon paysage intérieur est fait de brumes, de tempêtes, de volcans, de cyclones ; mais, encore une fois, je ne me mets pas à ma table de travail en me disant : Je vais écrire un poème. Le poème est un fruit de l'attente.

 

 

7/ Dans le cadre de ton blog, tu poses des poèmes et textes sur des photos, comment les choisis tu (les poèmes/textes et photos) ?

Comment envisages-tu  le dialogue entre photo et poésie ? N’est-ce pas une forme moderne d’ut picturia poesis ? Comment conçois-tu  les rapports entre les diverses formes d’art ?

 

            De fait, j'écris de mon côté et mon épouse, Christine, photographie du sien. Ensuite, je choisi la photo, en correspondance plutôt qu'en illustration du poème. Il y a donc dialogue entre l'image et le texte et non superposition ou juxtaposition. Le reste appartient au lecteur.

 

8/Comment concilier le métissage en une harmonie quand parfois les origines s’entrechoquent [je pose d’autant plus cette question que je suis moi-même une métisse d’occitans, de marranes et d’amérindiens d’argentine] ?

Comment retraduis-tu cela dans tes écrits, certains auteurs en ayant fait un mouvement littéraire (la créolité) ?

En quoi tes diverses cultures ont-elles une influence sur ton écriture ?

 

            Pour exister, il faut se métisser. Comme tous les hommes, je suis issu de ce métissage que je qualifierai de métissage doux. Quand des circonstances historiques, géographiques font que ce métissage n'est plus possible, l'espèce meurt. Ainsi en fut-il de l'homme du Neandertal incapable de mêler ses gênes à ceux de l'Homo Sapiens. Au-delà de cette évidence utile à rappeler, il y a ce que j’appelle le métissage issu de la violence ; pour être simple et schématique, produit des colonisations. L'urgence contemporaine serait donc de fondre ensemble le métissage doux et le métissage issu de la violence. Cela ne peut passer que par une connaissance méticuleuse des origines, l'acceptation et la culture. Je me sens profondément breton en Bretagne, profondément antillais aux Antilles et mon écriture fait la synthèse, non dans la douleur, mais dans un total accord avec moi-même. 

 

9/ Par ailleurs, tu as publié des textes sur la Bretagne durant la seconde guerre mondiale, que représente cette période pour toi ? Quel est le synopsis de l’histoire ? Parle nous des personnages.

L’on dit que la France ne s’est toujours pas réconciliée avec son histoire (cette époque entre autre). Qu’en penses-tu ? Que penses-Tu des demandes de repentance que l’on entend concernant la seconde guerre mondiale (qui doivent être refaites régulièrement), etc.… mais aussi des lois mémorielles ?

On dit qu’un peuple sans passé n’a pas d’avenir, mais un peuple qui vit dans le passé en a-t-il davantage un ?

 

Je crois avoir déjà répondu en partie. J'ai écris sur l'histoire de la Martinique, maintenant j'écris sur celle de la Bretagne pendant la guerre. Ce n'est pas une volonté d'alternance mais un désir de partager. Cela doit beaucoup aux lieux et aux rencontres. En Bretagne, j'habite dans les Monts d'Arrée, hauts lieux de la Résistance bretonne et de la collaboration. Je parle donc de ces hommes, souvent mus par le même désir de préserver l'identité, mais qui choisissent pour ce faire des voies antinomiques.

La repentance est une chose, la mémoire une autre. L'idée du repentir qui permet de  passer à autre chose m'est odieuse. Je suis pour l'exigence de mémoire et cette exigence devrait passer par autre chose que la loi. En même temps, l’Histoire passe. Qui, hormis les lecteur de Guy de Maupassant et ceux d’Erckman et Chatrian se souviennent de la guerre de 1870, la Grande Guerre commence à s’effacer, la seconde guerre mondiale suit le même chemin. Or, nous avons tous un pied dans L’Histoire et il n’est pas possible de marcher à cloche-pied en dehors du jeu. Donc, je pense nécessaire tout ce qui nous réinsère dans le passé, y compris la loi. Maintenant, c’est une évidence, se souvenir n’est en aucune manière ressasser. Je prends un exemple qui me touche de près : l’esclavage. Je suis un descendant d’esclave. Je l’assume et j’en suis fier. J’ai écrit un livre Tiré chenn-la en tête en mwen (Ibis Rouge édition)  dont l’argument principal est celui-ci : Si le grand ancêtre, l’homme totem qui a connu l’Afrique revenait, celui qui a combattu pour notre liberté revenait, que penserait-il de ce que nous sommes devenus, de la manière dont nous gérons son héritage. Individuellement ou collectivement nous sommes des héritiers, des passeurs, mais aussi des acteurs pour le présent et le futur. J’ai donc une position active par rapport au passé.  

             

 

 

10/  Les artistes ont souvent soulevé et engendré des polémiques, parfois positivement, comme les philosophes des Lumières, mais aussi négativement si l’on repense à Louis Ferdinand Céline (écrivain) ou plus récemment Section d’assauts (musiciens et rappeurs). Comment conçois-tu ton éthique d’écrivain ? Estimes-tu d’ailleurs devoir en avoir une ? Ou que la liberté créative et d’expression est supérieure à tout le reste et doit être sans limite, quitte à choquer et aller parfois à l’encontre de la loi et de la morale et empathie ?

 

J’écris, donc je suis libre ce qui ne signifie pas que je n’ai pas de comptes à rendre. S’il doit y avoir censure, c’est à moi de me l’appliquer, mais le débat est trop vaste pour être traité ici.

 

11/Où peut-on trouver tes livres ? Où les acheter en France, et à l’étranger ?

 

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/p/jose-le-moigne,541882.aspx

http://www.priceminister.com/s/Jos%E9+Le+Moigne+livres

http://www.ibisrouge.fr

www.manuscrit.com

http://livre.fnac.com/a2449345/Jose-Le-Moigne-Joseph-Zobel-le-coeur-Martinique-et-les-pieds-en-Cevennes

http://microcosme-editions.fr.over-blog.net/article-jose-le-moigne

http://www.maisondelapoesie.com/index.php?page=poemes-du-sel-et-de-la-terre---jose-le-moigne

 

Et dans toutes les librairies sous commande.

 

 

12/ Peux tu nous donner l’adresse de ton blog (et tout lien) pour que l’on fasse plus ample connaissance avec ton travail, et ton art ?

http://lebretonnoir.over-blog.fr/

http://www.potomitan.info/lemoigne/index.php

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/lemoigne.html

http://www.youtube.com/user/lemoignejose

José Le Moigne vidéos youtube

 

 

 

En mon nom ainsi que celui des lecteurs, je te remercie beaucoup d’avoir accepté de participer à cette interview.

 

Non, c’est moi qui vous remercie de me lire

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