Critique et interview de Jane Fenuanova




Pour son ouvrage « les sulfureuses » 
chez Fenuanova Diffusion.
Je souhaitais ici vous faire découvrir une nouvelle auteure, qui vient de publier son premier roman « les sulfureuses », racontant les aventures de Jane et Pat. Vous pouvez prendre connaissance tant de la romancière que du texte sur le site suivant : http://laplumedejane.yolasite.com/

Je vous invite vraiment à le consulter car vous y trouverez aussi plein d’informations intéressantes, au-delà de ce qui nous réunit aujourd’hui.

Avant de passer à l’interview de Jane Fenuanova, je vous fais part en premier lieu de ma critique de son ouvrage (qui n’est que le reflet de ma propre opinion).

Critique du roman « les sulfureuses ».

 

Après avoir lu et terminé le roman, je dirai que les maîtres mots du texte sont : originalité, créativité, dynamisme, réflexion.

Le style est vif, court. Ce qui globalement est un avantage (s’accorde bien avec le rythme, la dynamique justement, du roman), mais est aussi, malheureusement, dans un certain nombre de cas, inadapté. Certains passages auraient mérité un plus grand développement, ce qui provoque une grande frustration pour le lecteur qui aurait aimé en savoir et en apprendre plus. La conséquence de cela est que l’on reste du coup, un peu sur notre faim. L’autre inconvénient d’un roman écrit exclusivement en style court est la lassitude, ce qui est fort dommage, pour un roman aussi riche en personnages, situations, et thèmes abordés. Le style court et les problèmes de ponctuation rendent aussi à certains moments les phrases incompréhensibles dans le sens qu’a voulu leur donner l’auteur. Le lecteur doit les relire, et dans sa tête, trouver la ponctuation adéquate, afin de rendre la phrase à elle-même. Le roman aurait donc sans doute mérité des allers-retours entre style court, style plus développé, ce qui n’en aurait d’ailleurs que mieux rythmé l’ensemble, mais aussi « reposé » (si l’on me permet l’expression) le lecteur.

En dehors de ce problème de style, le texte est par ailleurs bien écrit, avec une bonne recherche du vocabulaire, mais une adaptation aussi de celui-ci aux personnages. Cela dénote d’une part d’un grand respect envers le lecteur, et une bonne analyse des personnages.

Par ailleurs, l’auteure fait preuve d’une grande empathie envers ses personnages, laissant le lecteur seul juge, et donnant par voie de conséquence une grande liberté à ce dernier.

Tout cela rend les personnages très attachants, mais humains aussi, avec leurs qualités et leur défauts.

En outre, Jane Fénuanova raconte via les souvenirs une époque inconnue pour moi (j’avais 2ans en 1980), ses révoltes, ses cris, que je découvre ici, que j’imagine, que je ressens ! C’est un livre qui m’apprend, et j’aime çà !

Je retrouve aussi les odeurs tahitiennes, les mets, les goûts, les couleurs. De même avec la cuisine bretonne. J’ai apprécié aussi le fait que des thèmes non consensuels tels que la violence dans le couple (ici lesbien), et l’emprise soient abordés dans le roman. Nous souffrons avec la victime, nous vivons son enfermement, son anéantissement, et nous questionnons à propos du bourreau.

Par ailleurs, j’ai été très enthousiasmée par les références musicales, qui rythment le roman, et l’accompagnent tout du long.

En conclusion :

Un bon potentiel, à développer ! Beaucoup de créativité ! A lire sans conteste !

 

Interview de Jane Fenuanova

L’auteur

Qui es tu ?                                                                    

Un homme ou une femme ( ?) blanc-he,issu des classes moyennes (parents enseignants) ,

agé-e de 44 ans, Secrétaire Administratif dans l’Education Nationale, militant-e politique libertaire et syndicaliste révolutionnaire.

 

Comment définirais tu ton identité ?

Multiple et bisexuel-le.

 

Comment la vis tu au regard des sociétés dans lesquelles tu vis/d’où tu viens (polynésie, métropole, milieu LGBT) ?

J’ai vécu de 10 à 16 ans en Polynésie, sans identité sexuelle formée.

Le problème ne s’est donc pas posé.

En revanche, dès mes premières expériences sexuelles, en métropole vers 16 ans, j’ai fait l’amour avec des filles et des garçons…sans en parler.

Le problème s’est posé en revanche durant de longues années de mariage.

C’est celui, je pense, de tout-es les bisexuel-les : renoncer à une part de son « moi » en étant fidèle à son ou sa compagn-on-e ou s’autoriser des aventures.

J’ai choisi, en connaissance de cause, la première option.

Ma séparation m’a permis de retrouver MA sexualité.

Ainsi que mon couple actuel, l’autre étant bi également.

Ma bisexualité est donc affirmée depuis peu et me pose peu de problème, étant réservée à la famille, aux ami-e-s… (ce dont je suis fort heureu-x-se), ma « marginalité » venant plutôt du milieu Punk / Punk-Rock Antifasciste radical longuement et toujours fréquenté et de mes choix politiques libertaires.

Je fréquente peu par ailleurs le « milieu » LGTB en partie pour les mêmes raisons de dé-conscientisation politique de celui-ci, à de rares exceptions près.

Et également par choix musical !

En militant cependant au sein d’une association «  transbipédégouine »… « hors-norme », investie dans le mouvement social, et souhaitant redonner du sens politique au combat transbipédégouine.

 

Qu’est ce que l’identité pour toi ?

Peut-être un ensemble de normes et de transgressions de ces normes.

Et le rassemblement en bandes, groupes, partis… de personnes ayant à peu près le même parcours, qui forgent l’individu au final.

Pour mieux s’en séparer ensuite !

L’identité peut – être aussi l’appartenance à plusieurs groupes de dominants et dominés.

Par exemple être gay (ou noir, arabe,…) MAIS homme.

Ou dominé-dominé…ou dominés-dominants.

Par exemple, femme MAIS patron.

En étant cependant conscient-e qu’être un homme, blanc, issu des classes supérieures permet de se forger une identité beaucoup plus facilement, quelle qu’elle soit, traditionnelle ou « marginale ».

La question est difficile, incluant une multitude d’identités différentes : peut-être y a-t-il non pas une mais des identités !?

 

Quel est ton parcours professionnel ?

Très rectiligne : je suis fonctionnaire, donc un concours réussi il y a 17 ans et c’est parti…

 

Quel est ton parcours politique ? militant ?

Il est vaste !

Mon premier engagement politique a été au sein des JCR/LCR de 86 à 91, date à laquelle j’ai rejoint une minuscule organisation naissante…devenue la première organisation Libertaire française : Alternative Libertaire.

Durant cette période je me suis engagé dans Droit Au Logement, aux côté des sans-papiers, des chômeurs,…et bien sûr au sein de luttes antifascistes à travers les 2 groupes existants massivement à l’époque : Ras L’Front et le SCALP.

Je milite aujourd’hui à la CNT depuis 2003…

 

Peux tu nous donner ton positionnement sur les questions suivantes :

-         Que penses tu du système de transition en France ?

Il est toujours criminalisant, psychiatrisant, tatillon administrativement (non-reconnaissance du sexe par l’Administration…),…

Une véritable révolution des mentalités reste à accomplir dans ce domaine.

 

-         Quel est ton positionnement par rapport au mariage homo et à l’adoption par des couples homo en France ?

J’y suis bien sûr favorable dans les deux cas. Je ne suis pas un « fan » du mariage, mais l’Egalité des Droits l’impose. Sur l’adoption je ne vois aucun problème…demande t’-on une enquête sociale à un couple hétéro qui souhaite un enfant ?

J’espère une rapide évolution politique et législative sur les deux sujets par ailleurs…

 

Pourquoi écrire ?

Ma première approche de l’écriture…qui a duré environ 10 ans ( !) a été le journalisme amateur au sein du comité de rédaction du mensuel Alternative Libertaire, journal de l’organisation éponyme.

(une partie de mes articles sont en ligne sur mon blog : http://laplumedejane.yolasite.com/#/ )

J’étais plus particulièrement chargé de la rubrique « Culture », ce qui m’a permis de chroniquer de nombreux romans, disques ou concerts, festivals de cinémas et de procéder à plusieurs entretiens avec des cinéastes.

Tous, dans des genres très différents, avaient un point commun : mon envie de les faire partager.

L’idée d’écrire, une fiction cette fois, m’est donc venue et a mûrie au fil du temps…sans trouver le déclencheur de l’écriture, ni le temps d’écrire.

Ce fût fait en rencontrant m-a-on compagn-on-e actuelle pour qui j’ai semi-inventé Jane et Pat…proches et très différentes de notre couple.

Par ailleurs, le temps ne m’étant plus compté pour des raisons personnelles, j’ai enfin pu me consacrer à l’écriture de ce premier roman.

 

Que représente pour toi ce medium qu’est l’écriture ?

Le moyen en ce qui me concerne, de faire passer des idées, des sensations, des odeurs, des problématiques, souvent peu développées ou de façon marginale.

Et aussi et surtout un plaisir créatif.

 

Au plan artistique, en utilises tu d’autres ?

Non….hélas !

 

Le roman

Peux tu nous donner le synopsis de ton roman ?

Quand Jean, petit employé à la vie monotone devient Jane la nuit, il lui arrive de vivre enfin...

Sa rencontre avec Pat, femme au masculin, sera foudroyante et fera naître une passion dévorante et destructrice.

Entre Rennes et Paris, leurs amours et désamours les consumeront au fil de la petite et de la

Grande Histoire et des rencontres amoureuses, sociales ou érotiques.

Un premier roman sous forme de brûlot bi, lesbien et transsexuel.

 

Comment définirais-tu tes personnages ? Pourquoi les avoir choisis ?

Comme je le disais plus haut, les personnages sont au départ fantasmés, romancés, mais sur la base de mon couple.

Ce choix s’imposait tant par le cadeau que je souhaitais faire à ma-mon compagn-on-e, que pour les facilités d’écriture qu’il offrait pour un premier roman.

Leur psychologie, qui s’affirme au fil de l’écriture est complexe, entre amours et désamours, coups de cœurs et coups, violente toujours…

 

Quel est le ou les message(s) de ton roman ?

Au lecteur de le découvrir…

 

Considères-tu ton texte comme politique et si oui en quoi ?

Incontestablement oui !

Si la trame des Sulfureuses est amoureuse et érotique, je ne souhaitais pas écrire un livre purement érotique ou pornographique.

Les références à des engagements des années 86-93 à Paris, à l’homophobie, à la prostitution sont tout aussi importantes dans le roman, au fil des balades parisiennes…

Les clins d’œil également qui parsèment le roman, à Daniel Bensaid notamment se veulent des hommages aux combats qui nous sont –nous ont été- communs.

Il en est de même pour la Commune de Paris, souvenir d’un aïeul que je n’ai jamais connu, mais aussi à mon grand-père, infatigable militant, son petit- fils.

 

Comme tu abordes la question de la prostitution, comment te positionnes tu par rapport aux débats actuels, et aux différents courants ?

Tout d’abord je souhaitais rompre avec le mythe de la « prostitution choisie », qui existe sans doute mais de manière très marginale, celle-ci étant surtout révélatrice de la misère sociale croissante, quand ce n’est pas de l’esclavage moderne…

Idéalement, je souhaiterais pouvoir adhérer au discours abolitionniste.

Celui-ci me semble cependant déconnecté de la réalité de la prostitution telle qu’elle se pratique actuellement.

Je pense donc que dans un premier temps, qui peut être une transition, donner les moyens aux prostitué-e-s d’exercer leur métier dans de bonnes conditions, leur donner les droits dont bénéficie tout travailleu-r-ses (lieu de travail digne, sécurité sociale, retraite…) peut être plus réaliste, sur le modèle des Pays-Bas.

Dans tous les cas, il convient de lutter contre les politiques actuelles consistant à éloigner les prostitué-es des centre-villes les rendant vulnérables à tous les types d’agressions.

 

Par ailleurs, vis-à-vis de la bisexualité, dans les petites annonces de rencontre, on voit pas mal de « bi hors de question », etc… Que penses tu de la place des bi dans le milieu LGBT ? que penses tu de la question bi en général ?

La bisexualité est sans doute la sexualité la plus floue et partant la plus difficile à définir.

Nombre d’annonces « bi » sont effectivement passées par des hétéros soit en état de misère sexuelle, soit souhaitant « essayer une fois »…d’où sans doute une certaine timidité voire méfiance du milieu LGTB vis-à-vis de la bisexualité.

Ni tout à fait hétéro, ni tout à fait homo, celle-ci a du mal à trouver sa place sociale.

Peut-être aussi parce que dans le schéma dominant du couple, hétéro ou homo, l’on est là encore dans l’entre-deux.

Pour ma part, je n’ai pu m’épanouir sexuellement que tardivement avec l’autre, également bi, et aimant comme moi inverser les rôles…ou non.

 

Peux tu apporter tes réponses à ma critique ?

Je la trouve excellente.

N’hésitant pas à pointer les faiblesses du texte, que je partage à la relecture : effectivement donner au lecteur le temps de souffler, développer un peu plus les personnages, eut été plus pertinent de ma part.

Ces défauts sont à mon avis liés à l’exercice de style de départ (opter pour un style très court et percutant), auquel j’ai pu trop me tenir.

Sans doute également au fait qu’il s’agit d’un premier roman…avec ses défauts !

Je te remercie également pour ton enthousiasme !

Cela fait réellement très plaisir et encourage à se lancer dans un deuxième, sur lequel j’ai déjà une petite idée…à creuser.

Il s’agira cette fois d’un polar polynésien...d’où ne seront pas absents les rae-rae ! (travestis polynésiens).

 

Pourquoi avoir choisi une première publication par blog sur internet ?

J’ai souhaité publier Les Sulfureuses sous forme de feuilleton dès le départ, pour un plus grand confort de rédaction, pour tenir mes lecteurs en haleine également.

Internet m’a paru le moyen le plus efficace de toucher un maximum d’entre eux-elles.

Je suis également attaché à la gratuité de la culture : un blog le permettait.

C’est également le cas du nouveau blog avec le texte définitif mis en page et accessible à

tou-s-tes ceux et celles qui ne peuvent se payer un livre, gratuitement ou à prix libre.

 

Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ?

Comme beaucoup d’auteurs débutants, je souhaitais publier…

Les grandes maisons d’édition étant d’emblée à exclure, j’ai pensé dans un premier temps publier à compte d’auteur et ai parcouru de nombreux forums consacrés à l’édition.

Tous déconseillaient l’édition à compte d’auteur, souvent avec un prix de départ énorme à investir (2000 à 3000 € !) sans garantie d’être un jour remboursé…

En revanche, l’auto-édition que je ne connaissais pas, apparaissait comme une solution simple  avec des tirages à la demande…donc pas d’invendus à gérer !

Je le conseille à tous les auteurs débutants !

 

Peux tu nous redonner l’adresse de ton site ?

Volontiers !

http://laplumedejane.yolasite.com/#/

 

Tout mes remerciements à l’auteur tant pour son livre, que pour avoir accepté de se prêter à ces jeux difficiles de la critique et de l’interview.

Tous mes remerciements également, et très bonne suite dans ton écriture !

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