Interview de Jacques Cauda 

« La surfiguration »

Pour faire connaissance avec Jacques Cauda, avant de lire l'interview, je vous invite à consulter sa page wikipedia. La présente interview y est d'ailleurs citée en référence.


Vous pouvez écouter la version audio de l'interview sur mon tumblr :


L’artiste

1/ Peux tu te présenter à nous, s’il te plaît ?
Comment te définirais-tu ?
Parle nous un peu tes expos, et de ta carrière artistique.
Je suis un peintre français né en 1955, à Paris, où je vis et je travaille. J'ai fait des études de philosophie, puis j'ai réalisé des documentaires pour la télévision. Ça a été une manière pour moi de poursuivre la philosophie, de penser en images aussi bien qu'avec les mots. 
J'ai réellement commencé à peindre à la fin des années 1990. À cette époque, en France, la peinture était considérée comme morte. Seule la performance occupait l'espace artistique. Ce fut donc une folie que de se remettre à peindre.  Une folie et une liberté ! Libre, surtout, d'être voluptueusement anachronique en utilisant une pratique d'un autre âge : le pastel. Le pastel à l'huile, qui a également l'avantage, pour moi qui suis aussi écrivain, de placer le peintre dans la position de celui qui écrit au dessus du papier. En somme, depuis, j'écris de la peinture et je dessine de l'écriture. Ut pictura poesis...

2/En quoi ton parcours de vie personnelle/professionnelle et sociale a-t-il influencé ton art pictural ? ta réflexion ?
Cf. plus haut.
Une précision : le social et l’art ne vont pas bien ensemble.

3/ La peinture est elle ton seul support d’expression artistique ? Ou en possèdes tu d’autres ? Pourquoi l’ (les) avoir choisi(s) ?  Si plusieurs, sont ils tous un moyen d’exprimer la même chose, ou exprimes tu des éléments différents selon le media d’expression ?
La photographie, l’écriture.
Oui, j’écris toujours la même toile et vice-versa.

4/ Pratiques tu la recherche artistique si oui, sur quels thèmes exactement ? Pourquoi les avoir choisis eux ?
Je ne peins que ce que j'aime: le jazz et les femmes. Quand je dis le jazz, je parle de portraits  de musiciens, car la figure  est au commencement de la peinture occidentale. C’est son motif premier. C’est ce qu’elle montre avec empressement pour cacher ce qui ne saurait se montrer. À la différence de la photographie qui ne cache rien, la peinture recèle aux yeux du monde l’inavouable, le monstrueux. Ainsi toute peinture est un masque posé sur l’invisible. Toute figure est déjà une surfigure.

5/ Quels sont tes domaines de militantisme [autre qu’artistique] ? De quelle manière agis-tu ?

Bis repetita : le social et l’art ne vont pas bien ensemble.


La surfiguration

7/ Explique nous ce qu’est la surfiguration.

J'ai créé au début des années 2000, le mouvement surfiguratif qui s'appuie sur l'affirmation suivante:"Aujourd'hui que le visible est dans un rapport de stricte égalité avec le réel, rien n'existe en dehors de son image. Aussi la peinture ne saurait avoir d'autre objet que le déjà-vu." Ce qui signifie que mes seuls modèles sont les images du réel, et non plus ce réel  lui-même qui n'existe plus sans image. Y a-t-il un coin sur cette terre qui n'a pas été photographié, filmé ? Non. Tout y a été déjà-vu. Nous n'avons plus qu'une immense image du monde, mais une image aveugle, une image sans regard. L'enjeu de la surfiguration est là: redonner une figure au monde, c'est-à-dire un regard à son image qui l'a perdu.


8/ Que représente la surfiguration ? n’existe-t-elle qu’en peinture ? qu’exprime t elle ? Quel est son apport spécifique par rapport à d’autres mouvements picturaux ?

Oui, c’est un mouvement pictural et seulement pictural.


9/Pourquoi avoir créé ce mouvement ? et d’ailleurs comment créer un mouvement ? pourquoi ? Souhaites tu (ou as-tu) obtenir le statut d’école (au sens pictural du terme) ? Quelles sont les démarches ? Quelles sont les conditions pour que ton mouvement devienne une école ? Quel a été ton cheminement artistique qui a aboutit à la création de ce mouvement ?

Il y a des adeptes, oui. Des surfiguratifs, et d’autres qui ignorent qu’ils le sont.


10/ Quel rapport ton mouvement entretient il avec l’image ? et quelle image ? Quelle problématique soulève selon toi le rapport de notre société à l’image ?

Cf.plus haut.


11/ [prenons la photo suivante http://jacquescauda.canalblog.com/archives/2011/09/02/21921718.html ] qu’est ce qui différencie cette photo sur-figurée, d’une photo classique de ce même paysage ? qu’exprime t elle de nouveau ? de différent ?

C’est juste une photo. Et une photo juste. Pour plagier Godard.


12/ Que représente la couleur dans ton travail ? ou au contraire la quasi absence de couleurs ? [dans tes photos, peintures, etc…] Quel est le traitement de la couleur par le mouvement surfiguratif ? qu’exprime t elle ?

Je vous l’ai dit au début de l’interview : ma technique c’est le pastel à l’huile.  C’est à la fois simple : ce sont presque des crayons de couleurs, mais c’est aussi très compliqué, très contraignant. D’une part, les couleurs sont imposées, et ne se mêlent pas, ou peu, ou mal. D’autre part, l’habilité du trait est très importante, l’estompe au moyen du doigt, d’un chiffon ou par grattage, ne se faisant pas aussi aisément qu’on le souhaiterait. Il faut savoir dessiner et peindre dans le même geste !


13/ qu’est ce que l’ut picturia poesis ? est il toujours en vigueur aujourd’hui ? Pourquoi souhaiter le mettre en avant ? Qu’est ce qui t’attire en lui ?

Ma pratique de la peinture est liée pour moi à celle l'écriture. Ut pictura poesis: la peinture est aussi une poésie. Une raison à cela: la peinture est avant tout une question de temps, moins d'espace, car malgré les apparences, la peinture n'est pas une image, parce que c'est du temps, du temps infini: il n'y a pas de vieilles peintures mais il y a des vieux films. Le temps, c'était évidemment le sujet de mon premier roman intitulé "Au centre du milieu d'autour". Il s'agissait par le biais d'une course cycliste de prendre un pari: se souvenir serait-il se ressouvenir en avant, et savoir dès le départ qui va gagner du temps sur le temps qui court?

Auparavant, j'avais publié chez mon ami Pascal Corseaux, libraire, éditeur, collectionneur et critique d'art, un recueil de poèmes consacré à la peinture :"Vers un effort visible", la peinture considérée comme un effet bien visible de la sexualité...

J'ajoute que j'ai cessé  de réaliser des films dès que j'ai commencé à peindre. Mais je me suis servi de cette expérience de cinéaste pour comprendre exactement ce que sont les images.


14/ Techniquement au plan de la peinture, mais aussi de la photographie, qu’utilises tu , quels sont tes matériaux pour exprimer la surfiguration ?

Je n'utilise que le pastel à l'huile. Ce sont des craies grasses créées par Sennelier en 1949 pour Picasso. Si c'est un anachronisme (en regard du pastel sec), c'est un anachronisme de la modernité. C'est un mixte entre l'ancien et le nouveau.

Je travaille toujours sur papier, un papier mince et légèrement brillant sur lequel le pastel glisse facilement. Ensuite, je le colle ou sur un papier plus fort, plus épais, ou sur une toile montée sur châssis.


15/Fais tu des expos en ce moment et dans les prochains mois, et où pour que nous puissions admirer ton travail ?

Des expos oui, en 2012, la première en mars  aux Gâtines dans le XXème arrondissement à Paris. Et également un livre sur la peinture à paraître prochainement :


Ma publication :

 Le bonheur du mal. Aux editions kirographairesPresse

Non seulement la peinture a un corps mais elle est un corps. Elle s’incarne. Elle s’incarne en qui ? Une femme ? Un homme ? Un Dieu ? Pour Jacques Cauda, c’est une femme. Une femme vite nue, provocante et désirée. Le mot est lâché : désir ! Un mot qui plonge ses mains dans la boite de couleurs et dans celle de Pandore. Un mot politiquement incorrect à ne pas mettre entre toutes les mains. Sauf dans celles du peintre. Et du poète. Car, comme le disaient les Anciens, la peinture c’est comme la poésie. Ut pictura poesis. Ce sont deux fleurs. Deux fleurs du mal, évidemment. C’est dire quel bonheur !

16/As-tu un site personnel pour que l’on fasse plus ample connaissance avec ton travail, et ton art ?

http://www.jacquescauda.canalblog.com/

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