Interview de Caroline Ellen

« Fragments d’exil »

L’auteur

1/ Peux tu te présenter à nous, s’il te plaît ?
Capricorne ascendant bélier.
Comment te définirais-tu ?

Electron libre.


Parle nous un peu des divers ouvrages que tu as publiés, et de ta carrière littéraire.
Il y a quelques années, j’ai publié quatre romans. « La vie est gay », « Mémoire d’août » « Comédie italienne » et «Le dernier chaos ». Trois d’entre eux sont en téléchargement gratuit sur mon site. Comme les deux petits derniers, tous récents : « Trois jours avec elle », et bien sûr « Fragments d’exil ».

2/En quoi ton parcours de vie personnelle/professionnelle et sociale a-t-il influencé ton écriture ? ta réflexion ?

En fait, c’est le contraire. Mon envie d’écrire a déterminé mon parcours professionnel.

 

3/ L’écriture est elle ton seul support d’expression artistique ?
Oui, vraiment. J’ai bien essayé le macramé, mais c’est moins militant. Et puis aussi, j’ai fait des dessins, mais quand je les ai montrés à ma femme, elle s’en est servi pour éplucher ses patates.


Ou en possèdes tu d’autres ? Pourquoi l’ (les) avoir choisi(s) ? Si plusieurs, sont ils tous un moyen d’exprimer la même chose, ou exprimes tu des éléments différents selon le media d’expression ?
Voilà, j’ai répondu juste au-dessus.


Concernant l’écriture, quel type d’écriture [poèmes, romans, nouvelles] et pourquoi ?
Mon préféré, c’est le roman. Mais j’ai bien envie d’essayer les nouvelles… et puis aussi les poèmes. Et puis le théâtre. Et même les essais. Pour l’instant, je me concentre sur le roman.


4/ Pratiques tu la recherche artistique si oui, sur quels thèmes exactement ? Pourquoi les avoir choisis eux ?
Non, je pratique surtout la sieste, le week-end et pendant les vacances. Sieste qui me sert, entre autres divertissements, à lire quelques uns des milliers de livres que je dois lire ou relire. Car il faut relire certains auteurs plusieurs fois pendant une vie.


5/ Quels sont tes domaines de militantisme [autre qu’artistique] ? De quelle manière agis-tu ?
Le problème c’est que j’ai choisi d’écrire. Et ça occupe tout mon temps libre.


Fragments d’exil


7/ Explique nous en quelques mots le synopsis de ton livre.
Sapphô de Lesbos, Le Revival. Ou, si vous préférez : Sapphô de Lesbos, l’histoire vraie de la plus célèbre icône lez de tous les temps.


8/Dans quel genre classerais-tu ton livre ? Pourquoi avoir choisi celui-ci et pas d’autres ?
Biographie… un peu romancée. Mais un tout petit peu. A peine. Juste un doigt. C’est le choix de l’évidence. Ce roman est construit autour des poèmes, enfin de ce qui nous en reste après des siècles
et des siècles de censure acharnée. Dans le roman, les fragments sont intégrés à la narration. Ecrite à la première personne. Je n’avais pas le choix. Tous les poèmes de Sapphô sont écrits à la première personne (sauf les épithalames, bien sûr). Une révolution pour l’époque : savoir dire simplement, voilà, comment moi, Sapphô de Lesbos, j’aime, je souffre, je suis heureuse, je suis malheureuse. Exposer tous ses sentiments en public. Et en faire la référence poétique universelle de son temps.


9/Comment as-tu organisé ton travail pour ce livre ? Peux-tu nous présenter quelques uns de tes protagonistes ?
J’ai essayé d’absorber tout ce que j’ai pu trouver sur le personnage et le contexte historique. C’était important de la situer dans son époque pour refaire en sa compagnie le chemin de sa vie. Mais le véritable fil conducteur c’est son écriture à elle. Ces fragments qui nous restent et où elle évoque ses amours, ses colères, ses déceptions. Dans ce roman on retrouve bien sûr tous ceux qui ont participé à son histoire. Sa mère, ses frères, Pittakos, tyran de Mytilène et tous les autres. Alkaios, son grand ami, son frère en poésie… et peut-être plus, certains soirs de désespoir. Et bien sûr toutes les femmes de sa vie.


10/ Pourquoi avoir choisi ce thème ? Pourquoi maintenant ? Qu’est ce que cela représente pour toi, de traiter ce sujet ?
Sapphô, c’est du lourd. C’est une figure emblématique de l’histoire des lesbiennes. Même si beaucoup ne le savent pas, comme j’ai pu le constater sur les réseaux sociaux et dans mon entourage. En tout cas, les filles posent les bonnes questions et elles sont ravies d’apprendre que Sapphô a vraiment existé. Qu’elle a existé avec passion. Et pour seule passion, les femmes qu’elle aimait. C’est une hérésie, pire un crime culturel, que les lesbiennes d’aujourd’hui soient privées d’une part essentielle de leur histoire. Privées de leur principale référence. Mais je n’ai pas écrit ce roman pour réparer une injustice, aussi colossale soit-elle. Deux mille six ans de censure, on ne peut pas les abolir comme ça. Alors, j’ai écrit son histoire parce que j’en avais envie. Depuis longtemps, à force de lire et de relire les fragments, j’avais besoin de me la raconter, cette Sapphô si proche et si lointaine, à la fois. De la sentir vivre et respirer, de la voir aimer et détester, de l’observer comploter et créer, sous le soleil de Lesbos. Alors, un soir, je me suis lancée. Je l’entendais murmurer à mon oreille. Et j’ai écrit tout ce qu’elle m’a dit. Ni plus. Ni moins.
Qu’a représenté Sappho tant au niveau de la littérature, de la question des femmes, et de celle des lesbiennes ? Quel a été son impact ?
C’était un peu une folle furieuse. Du genre que j’adore. Elle a participé à deux complots contre le pouvoir en place à Lesbos. Elle a été bannie deux fois. Condamnée à l’exil. Proscrite. Une première fois dans l’île, une seconde fois en Sicile. A Mytilène, elle a navigué avec grâce au milieu des intrigues de la cité. Luttes de pouvoir, rivalités sordides, meurtres en cascade. Vu le contexte, elle s’en est plutôt bien sortie. Car il y en avait plus d’un et plus d’une qui ont essayé de la faire disparaître pour toujours.
Elle maîtrisait à la perfection les arts indispensables à la célébration des cérémonies religieuses : la poésie, le chant, la musique, la chorégraphie. En littérature, plus précisément, dans l’art poétique, elle a été révolutionnaire. Le monde entier, enfin, celui de son époque, connaissait ses vers. On dit qu’à Athènes, Solon, son contemporain, souhaitait apprendre un de ses chants avant de mourir. Et pourtant, Solon, ce législateur, qui a quasiment inventé la démocratie, ne passait pas pour un esprit léger. Les hommes et les femmes de son temps ont donné à Sapphô le titre de « Dixième Muse ». Même Platon, en parlant d’elle deux siècles plus tard, fera référence à ce titre de gloire attribuée à la poètesse de Lesbos. En terme de prestige et de reconnaissance, on peut dire que ça correspondrait aujourd’hui au cumul de tous les prix littéraires connus dans notre monde. Par un seul et même auteur. Et encore, on serait loin de la vérité. Impressionnant, non ?
Aujourd’hui, je me constate que la plupart des filles ignorent pourquoi elles s’appellent « lesbos », « lesbiennes », « lez ». Alors il est temps de leur donner les réponses.
J’espère qu’elles les trouveront dans « Fragments d’exil ». Après l’avoir lu, normalement, celles qui ne le savent pas encore, doivent mieux comprendre pourquoi on les traite de lesbiennes, de lesbos, de lez… Et pourquoi c’est quasiment un honneur, même dans la bouche d’un analphabète homophobe. Elles sauront aussi pourquoi un de leurs magazines préférés s’appelle la « Dixième Muse », pourquoi leurs nuits torrides, ou parfois leurs rêves, ont la saveur des amours sapphiques et pourquoi l’histoire de Sapphô est une raison supplémentaire de vivre leur histoire comme elles la sentent le mieux.

11/ Souvent, que ce soit dans les milieux de militantisme ethnique, ou LGBT, on entend que les jeunes manquent de modèles, de références, auxquelles ils puissent se raccrocher, s’identifier. Cela te semble-il pertinent ? Et pourquoi ? Quelles ont été tes figures de construction identitaires ? Pourquoi elles ? Qu’en est-il aujourd’hui, et pourquoi ?
Je n’ai jamais eu dans mon entourage de modèle homo. A la fin des années soixante-dix (à savoir au siècle dernier), je me suis réfugiée dans les bouquins. A quinze ans, j’éprouvais beaucoup de sympathie pour Proust, Gide, Cocteau et surtout, Violette Leduc. Voilà, c’est un peu (enfin beaucoup) grâce à leurs bouquins que je m’en suis sortie. On se construit comme on peut. A mon avis, aujourd’hui ces bouquins sont toujours d’excellentes références. Mais, maintenant, il y en a plein d’autres en plus. A commencer par quelques séries télé et des web séries plutôt sympas.


12/ Malgré l’évolution de la société et de l’imprégnation des questions LGBT, au sein de notre société, et du dialogue pas toujours évident conséquent, les difficultés pour les lesbiennes sont encore très grandes, puisque femmes et LGBT, elles subissent une double discrimination, voire plus si elles sont non-blanches. Quelle est la situation actuelle des lesbiennes ? Comment l’améliorer ?
Le seul moyen d’améliorer la situation, c’est de continuer à militer, chacune avec ses moyens, chacune avec ses idées. Mais militer toujours. Même si le processus est lent, les choses évoluent. Et cette évolution me paraît irréversible.


13/ La sexualité lesbienne vit encore sous le coup de clichés tenace, faisant qu’au mieux elle est réduite à des regards ou une pruderie totale, voire est considérée comme totalement inexistante. Comment lutter contre ces clichés ? Comment les remettre en cause ? Comment oeuvrer à l’avènement d’un érotisme lesbien modernisé et décomplexé ?
Je crois qu’elle s’est plutôt bien libérée depuis une vingtaine d’années, la sexualité lez. Il y en a pour tous les goûts. L’érotisme lesbien me semble de plus en plus actif et il se diffuse avec bonheur. C’est là qu’internet joue son rôle pour toutes celles qui n’ont pas la « chance » de vivre dans les grands centres urbains où, dans l’ensemble, certaines choses sont plus faciles et plus accessibles.


14/ Tu t’es engagée sur la voie de la mise à disposition de tes romans gratuitement sur ton site, pourquoi ce choix ? Peux-tu nous expliquer le sens de ta démarche originale, étant donné que la plupart des auteurs choisissent la vente (à compte d’auteur ou à compte d’éditeur) ?
Je pense que c’est important pour les lesbiennes, jeunes ou moins jeunes, d’avoir accès à des bouquins qui leur parlent d’elles. De filles qui vivent comme elles. Mais ça peut aussi être des séries télé, ( merci, The Lword) des chansons bien envoyées (merci, Monis) ou des humoristes de talent (merci, Océane Rose Marie). Plus la lez attitude sera visible, diffusée, sur tous les modes et sur tous les tons, mieux on se portera.
Côté bouquins, on ne peut pas tout acheter, alors le prix est un frein à la diffusion. Pour faire simple, j’ai choisi la diffusion gratuite. Ça permet aux filles qui n’ont pas trop les moyens d’acheter des romans lez, d’en lire autant qu’elles en ont envie. Maintenant, à la demande générale, pour celles qui veulent lire mes romans en version édition, c’est possible grâce à TheBookEdition. Suffit de commander sur internet pour les recevoir. C’est parfait.


15/Où peut-on trouver ton livre ? Peut-on l’acheter ?
Il est disponibles en direct sur mon site http://www.carolineellen.net/
ou sur celui de l’éditeur : http://www.thebookedition.com/livres-caroline-ellen-auteur-40884.html
De toute façon, tous mes romans restent en téléchargement gratuit sur mon site.

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